Dans chaque langue, les animaux revêtent une certaine connotation. Le mandarin (la langue, pas le canard) ne fait pas exception.

Certaines expressions chinoises, par leur caractère métaphorique, s’apparentent à de « mini-fables » de La Fontaine qui nous apprennent le sens commun chinois.

Commençons par l’une des plus connues : Tigres et Dragons, traduction de 卧虎藏龙 (wò hǔ cáng lóng), littéralement « tigre couché et dragon caché ». Cette expression désigne des personnes très talentueuses qui vivent parmi nous sans que nous le sachions. Le dragon 龙 (lóng), symbole de la Chine par excellence, est utilisé dans une multitude de formules. Figure de puissance, le dragon peut servir à dénommer tout ce qui a trait à l’empereur, comme sa robe 龙袍 (lóngpáo). 望子成龙 (wàng zǐ chéng lóng) : vouloir que son enfant devienne un dragon) exprime le désir des parents chinois que leur progéniture devienne un génie.

L’autre animal du zodiaque incarnant la puissance est le tigre 虎 (). Bête massive et robuste, le tigre est souvent employé pour décrire la force, le courage, la carrure d’une personne. Ainsi, une personne avec des hanches de tigre et un dos d’ours 虎腰熊背 (hǔ yāo xióng bèi) est une « armoire à glace ». 虎妈 (hǔmā, maman tigre) caractérise une maman très sévère.

L’un des animaux que l’on retrouve le plus dans les expressions chinoises est le cheval 马 (). La tournure « quand les poules auront des dents » se dit 猴年马月 (hóunián mǎyuè, à l’année du singe et au mois du cheval). Dans les bureaux des patrons chinois, est souvent accroché un tableau représentant six chevaux au galop, illustration de 马到成功 (mǎ dào chénggōng), soit « atteindre le succès au pas de course ». Le cheval étant un animal rapide, « tout de suite » s’exprime par 马上 (mǎshàng), que l’on pourrait traduire par « le temps de se mettre en selle ».

Dans une fable, le vieux Sai perd son cheval, mais obtient un pur-sang en retour. Son fils le monte et se casse une jambe. Handicapé et non apte à effectuer son service militaire, il est ainsi épargné par la guerre. Morale de l’histoire : « Le vieux Sai a perdu son cheval, mais ce n’est pas forcément un malheur », 塞翁失马焉知非福 (sài wēng shī mǎ yān zhī fēi fú). Chaque incident revêt deux faces, l’une négative et l’autre positive : c’est la théorie de la relativité appliquée.

Le bœuf 牛 (niú) est également une image de la force et de l’endurance. On dira d’un homme robuste tel un taureau qu’il est 气壮如牛 (qì zhuàng rú niú). Quelqu’un qui impressionne de par ses capacités pourra être qualifié de 很牛 (hěn niú). Par extension, le fanfaron est celui qui « souffle dans une peau de bœuf », 吹牛皮 (chuī niúpí). L’expression « parler à un sourd » se traduit quant à elle en chinois par « jouer de la flûte à un bœuf », 对牛弹琴 (duì niú tán qín).

Tous les animaux présentés ci-dessus ont plutôt une connotation méliorative, ce qui n’est pas le cas du cochon, du chien, du rat, du lapin ou du singe, qui renvoient à la bêtise, la mesquinerie, la couardise ou la malignité. Ainsi, 狗腿子 (gǒu tuǐzi, patte de chien) correspond à une insulte comparable à « laquais » en français. On entend également « être aussi peureux qu’un rat » (胆小如鼠, dǎn xiǎo rú shǔ), « sourcil de voleur et œil de souris » (贼眉鼠眼, zéi méi shǔ yǎn) pour désigner une personne malveillante, ou encore « montrer les singes en spectacle » (耍猴, shuǎhóu), ce qui signifie pousser quelqu’un à faire des choses ridicules pour amuser la galerie. Enfin, on peut qualifier un discours peu intelligible de « peau d’un chien qui ne peut pas suer » (狗皮不通, gǒupí bùtōng), en d’autres termes, hermétique.

Il existe enfin des expressions formées à partir d’animaux étrangers au zodiaque chinois, telles que夜猫子 (yèmāozi, chat de nuit) qui fait référence aux gens qui vivent la nuit. Un proverbe indique également que « les larmes d’un chat pour une souris morte ne sont que de la fausse compassion », 猫哭老鼠假慈悲 (māo kū lǎoshǔ jiǎ cíbēi).

Le pictogramme de l’oiseau 鸟 (niǎo) est employé pour parler d’une langue étrangère qu’on ne comprend pas鸟语 (niǎo yǔ, langue d’oiseau). Forcément, on ne pourrait pas s’exclamer « c’est du chinois ! » en Chine…

Afin d’éviter que mon article ne soit « une tête de tigre et une queue de serpent » 虎头蛇尾 (hǔtóu shéwěi), c’est-à-dire « finisse en queue de poisson », je vais m’abstenir de « rajouter des pieds à un serpent » 画蛇添足 (huà shé tiān zú), soit faire quelque chose d’inutile, et ainsi l’achever en « dessinant un œil au dragon » 画龙点睛 (huà lóng diǎn jīng), comprenez « en parfaisant celui-ci ».