Soldes sur les caractères chinois : deux pour le prix d’un ! Qui en veut ?

En Chine, l’argent 金钱 (jīnqián) formé du caractère 金 (jīn) or et argent 钱 (qián)  n’est pas un tabou. Au contraire, c’est un symbole de situation sociale 社会地位 (shèhuìdìwèi) et de réussite 成功 (chénggōng). De tous temps, l’argent, la richesse 财富 (cáifù) ont été une part importante de la culture chinoise. La vie matérielle 物质生活 (wùzhì shēnghuó) est quelque chose de capital en Chine, on peut le voir dans le caractère 富 (fù) par exemple, que l’on peut interpréter comme un toit, de quoi manger 口 (kǒu) et un champ à cultiver 田 (tián). On souhaite d’ailleurs aux gens 财源滚滚 (cáiyuángǔngǔn) pour le Nouvel An : ou « que l’argent vienne à profusion ».

La monnaie 钱币 (qiánbì) ou 货币 (huòbì) est apparue très tôt dans l’Antiquité chinoise, elle fut unifiée sous le règne de l’empereur Qin Shihuang. Dans la très lointaine Antiquité, la monnaie chinoise était constituée de coquillages 贝 (bèi), car denrée rare dans les territoires intérieurs. C’est pour cela qu’on le retrouve dans nombre de caractères en rapport avec l’argent 货币 (huòbì), la richesse 财 (cái) ou les marchandises 货 (huò) ou encore dans le verbe « acheter » 购 (gòu). La monnaie a souvent changé de nom avec l’époque, les formes les plus courantes actuellement sont 分 (fēn), dixième de centimes, 毛 (maó), centimes, 元 (yuán),  le yuan ou aussi appelé le 人民币 (rénmínbì) « la monnaie du peuple » qui peut aussi se dire 块 (kuài). La monnaie utilisée sous l’empire s’appelait le 元宝 (yuánbǎo), sorte de “ravioli” en argent d’où la façon de dire 一块钱 (yīkuàiqián), un morceau, bloc d’argent.

Être riche n’est pas un tabou en Chine, 有钱不是问题 (yǒuqián búshì wèntí)  d’où le nombre d’expressions pour dire qu’on est riche : avoir de l’argent 有钱 (yǒuqián), avoir beaucoup 富有 (fùyǒu), être plein aux as qui se dit 腰缠万贯 (yāochánwànguàn) avoir dix mille rouleaux d’argent accrochés à la ceinture, tandis que nous disons en avoir plein les poches. Les pièces de monnaie chinoises étaient trouées au centre pour pouvoir les enfiler comme un collier que l’on appelle 贯 (guàn), le caractère 丰 (fēng) utilisé par beaucoup de banques est l’image de ce collier de pièces.

Le prix 价钱 (jiàqián) en Chine est très relatif. Même si dans les grands magasins ils sont affichés 明码标价 (míngmǎ biāojià), dans les petits marchés, ou magasins de gros 批发市场 (pīfāshìchǎng), tout est négociable 可以讨价 (kěyǐ tǎojià) et parfois à plus de la moitié du prix. La stratégie commune est de demander le prix 多少钱 (duōshǎo qián) « combien d’argent ? » ou combien vous le vendez ? 怎么卖 (zěnme mài), puis vous commencez à discuter le prix 谈价钱 (tán jiàqián), vous pouvez demander un rabais 给便宜吧 (gěi piányi ba). Lorsque le vendeur vous dit « Je ne peux pas descendre plus » 不能再便宜了 (búnéng zài piányi le), vous répondez : « je vais réfléchir » 我考虑一下 (wǒkǎolǜyīxià) et faites mine de partir, en général il vous appelle en demandant « vous en voulez combien ? » 你要几个?(nǐyàojǐgè). Car c’est moins cher si vous en prenez plusieurs. Finalement s’il accepte, il dira : 好的,我卖给你 (hǎode,wǒ mài gěi nǐ) « d’accord, je te le vends ! »

Pourquoi tout négocier ? Parce qu’en Chine on pense que toute chose a sa juste valeur 一分钱一分货 (yīfèn qián yīfèn huò). Et que si un objet ne vaut pas le prix auquel il est vendu 不值这个钱 (búzhí zhègè qián), alors il ne faut pas l’acheter à ce prix. La négociation 讨价还价 (tǎojià huánjià) est un petit jeu dont les règles sont très simples. Il ne faut pas croire à l’énervement du vendeur 太便宜了 (tài piányi le) ni à son jeu de la compassion 我赔钱哪!(wǒpéiqiánnǎ) « je vends à perte ». D’ailleurs vous remarquerez que souvent dans les magasins on vous donne un premier prix 原来的价 (yuánlái de jià), puis on vous dit « le prix maintenant… » 现在的价 (xiànzài de jià)… bizarre habitude, mais qui montre bien que tout prix est relatif. Évidemment, les choses bon marché ne sont pas de bonne qualité, et l’adage le dit bien : 便宜没有好货 (piányi méiyǒu hǎohuò). L’important étant d’acheter quelque chose à un prix convenable, et d’être satisfait du prix 很值!(hěnzhí).